mercredi 9 mai 2012

L'art et la manière de faire la grève du sexe


Aristophane, auteur grec, a écrit des comédies audacieuses et provocatrices. Application avec Lysistrata(la grève du sexe), interprétée par l'association Théâtre à Dinard, à partir de demain.

Aristophane, auteur grec, a écrit des comédies audacieuses et provocatrices au possible. Application avec Lysistrata, (la grève du sexe), une pièce interprétée par l'association Théâtre à Dinard, à partir de ce mardi.
Aristophane n'était pas en odeur de sainteté dans le monde littéraire de la Grèce antique. En 411 avant J-C, visionnaire des hippies soucieux de faire l'amour et pas la guerre, il prêchait aussi la paix, mais en serrant la ceinture des hommes. Alors qu'Athènes et Sparte sont en guerre, Lysistrata, une Athénienne, belle, audacieuse et de surcroît rusée convainc les femmes de toutes les cités grecques d'entreprendre une grève totale du sexe, jusqu'à ce que les hommes reviennent à la raison et cessent le combat.

L'idée est généreuse et Aristophane a ses mots pour le dire. À tel point que les traducteurs successifs tentent d'atténuer sa pensée. Il manquait le piment originel qu'a restitué Michel Host, dans une traduction sans concession. L'idée a séduit François Gabriel, metteur en scène et maître à penser du théâtre qui, s'il ne dérange pas, dérange et rend orphelin d'audace.

Voilà donc François Gabriel, aux anges et soucieux d'emporter le spectateur dans un univers dont s'est tant inspirée notre culture. « Le théâtre d'Aristophane est criant d'originalité et de spontanéité. » Un brin provocateur, c'est le moins que l'on puisse dire. « Aristophane est un comique, mais avant tout un artiste qui jongle avec les mots et il les choisit toujours à bon escient. » Les gros mots aussi, qui ont parfois des résonances de salle de corps de garde. « Ils font mouche et nul ne les rejette de son vocabulaire ».

Le spectacle ne fait pas dans la dentelle, toujours sur la corde raide, mais suffisamment en sécurité, pour ne pas tomber dans le piège du vulgaire. « Disons que c'est un langage populaire imagé ». Le décor et les costumes ne sont pas en reste. Ils collent parfaitement à la peau d'une comédie qui devient spontanément irrésistible.

Mardi 8 mai, première de Lysistrata, à 20 h 30, à la salle Stéphan-Bouttet. Tarifs : 9 €, 6 € tarif réduit.

(source: Ouest France)

dimanche 25 mars 2012

Le Chevalier (Flavius Avianus)

Comme de coutume, je vais vous présenter une fable, cette fois ci écrite par Flavius Avianus . Elle nous raconte l'histoire d'un chevalier romain qui a quelques soucis.... de perruque alors qu'il parade sur le Champ de Mars.

Un chevalier romain, chauve, qui d'habitude nouait sur sa tête ce qui lui restait de cheveux et portait sur le haut de son crâne nu un faux toupet, se rendit au Champ de Mars tout étincelant de l'éclat de ses armes et se mit à faire caracoler son cheval docile au frein. Mais un coup de vent le prend en face tandis que le peuple regarde sa tête qui prête à rire : car aussitôt sa fausse perruque est arrachée et l'on voit luire son front dégarni qui jusque-là était sous sa chevelure postiche d'une tout autre couleur. Le chevalier, en homme fort avisé, se voyant la risée de milliers de spectateurs, détourna les railleries par une réflexion adroite : « Quoi d'étonnant, dit-il, que j'aie perdu des cheveux postiches, puisque depuis longtemps m'ont abandonné les cheveux nés avec moi? »

vendredi 23 mars 2012

Pline l'Ancien et moi

L'autre jour, je me suis souvenu d'un documentaire sur l'éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ. C'était une de ces reconstitutions comme il se fait de plus en plus souvent, elles mêlent acteurs et images de synthèse. La scène que j'ai en mémoire montre Pline le Jeune et son oncle Pline l'Ancien, dans leur villa de Misène (près de Naples), le premier essayant de convaincre le second de ne pas prendre la mer en direction de Pompéi pour observer l'éruption et peut-être sauver des victimes. Depuis, je m'imagine Pline l'Ancien comme un mélange d'Indiana Jones et d'Haroun Tazieff avec un soupçon de Darwin et Buffon. Je sais... c'est une image de Pline clichée et grossière, mais c'est comme ça que je le vois...désolé...

Le Dernier Jour de Pompéi
de Karl Briullov (1830-1833)

Plus sérieusement, Pline (en latin Gaius Plinius Secundus) est né dans une riche famille en 23 après J.-C. à Novum Comum (aujourd'hui Côme) dans le nord de l'Italie, il commence sa carrière en suivant les cours de l'école des Rhéteurs de Rome où les jeunes hommes apprennent l'art oratoire (rhétorique). Puis, il débute une carrière équestre dans l'administration impériale. Préfet d'une aile de cavalerie, il fait campagne en Germanie, entre 47 et 57. Il interrompt sa carrière pendant les dernières années du règne de Néron et se consacre alors à des travaux littéraires. Devenu empereur, Vespasien, qui était son ami, le rappelle dans l'administration.

Portrait imaginaire de 
Pline l'Ancien (XIXe)

En dépit des lourdes tâches de sa carrière administrative, Pline passe la plus grande partie de son temps à des lectures dont il fait des résumés. Il écrit ainsi trois livres sur l'éloquence, huit livres sur la "manière correcte d'écrire", puis des ouvrages de biographies et d'histoire : vingt livres sur les guerres contre les Germains et trente et un livres qui continuent l'œuvre historique de Tite-Live. Il y raconte le règne de Néron, auquel il est résolument hostile : cet ouvrage sera l'une des sources de Tacite.

La dernière partie de sa vie est dévolue à une vaste compilation (trente-sept livres) dédicacée à Titus : son "Histoire Naturelle". Pline assure qu'il a utilisé plus de deux mille volumes pour rassembler la matière de cette vaste enquête sur la nature. Il y consacre tout son temps libre : son neveu raconte qu'en été il se livre à l'étude dès la tombée du jour et en hiver dès une heure du matin. À tout moment, pendant ses repas ou en voyage, il a toujours à ses côtés un lecteur et un copiste auquel il dicte des extraits de ce qu'il entend lire.

Dès que j'aurai terminé la lecture du premier tome de "Histoires" par Hérodote, je m'attaque au premier tome de son "Histoire naturelle", et je vous ferai un petit commentaire (une critique me semble ici inadaptée).


mercredi 7 mars 2012

Le fermier et le Maître (Flavius Avianus)

Si vous êtes un lecteur (ou une lectrice) qui passe souvent sur le blog, vous n'avez pas été sans remarquer que j'adore les fables. Aujourd'hui, j'en ai choisi une de Flavius Avianus, un auteur latin dont je vous ai déjà proposé une fable (Le lion et la chèvre). Je vous laisse en compagnie d'un fermier qui a bien à faire avec un sanglier qui dévaste les moissons et les cultures du domaine de son maître. Dès que j'aurais regroupé toutes les informations, je vous ferais un petit résumé de la biographie de l'auteur.

Mosaïque du Grand Palais 
(Constantinople)


Le fermier et le Maître

Comme un sanglier dévastait les moissons et les riches cultures d'un domaine, le fermier ne l'avait laissé aller qu'après lui avoir coupé une oreille, dans la pensée que la bête garderait le souvenir, ainsi que la marque, du châtiment subi et que désormais elle épargnerait ses terres couvertes de jeunes pousses. Une seconde fois, tandis qu'il faisait encore des dégâts dans le champ, pris sur le fait, il perdit pour sa perfidie l'oreille à laquelle on avait fait grâce. Sans tarder, le brigand revint montrer sa tête hirsute dans les champs ensemencés. Mais les deux châtiments déjà infligés font paraître ce méfait d'autant plus grave. Le fermier le prit et le donna pour la table somptueuse du maître, après l'avoir coupé en morceaux pour le servir de diverses manières. Mais, quand l'animal eut été mangé, le maître en réclama le coeur et s'irrita de ce que le cuisinier, d'après ce qu'on lui rapporta, l'avait dérobé. Alors le fermier calma sa juste colère par ce propos : « Ce sanglier insensé, assura-t-il, n'avait point de coeur : pourquoi en effet serait-il follement venu risquer ses membres et par le même ennemi se faire prendre tant de fois?

Ce récit s'adresse à ceux qui, plusieurs fois coupables, ne peuvent s'empêcher de retomber dans leur faute.

mardi 6 mars 2012

Accouplement contre nature (Apulée)

 J'ai longtemps hésité avant de vous proposer cet extrait des "Métamorphoses" par Apulée que j'ai découvert un peu par hasard en feuilletant un livre sur les créatures prodigieuses de la littérature antique car il est un peu... érotique. Mais je pense que vous ne m'en voudrez pas trop, car de toute façon il faut un peu lire entre les lignes pour bien s'imaginer de quoi il s'agit. Et pour être honnête avec vous, je pense que si je dois commencer à enlever de mon blog les histoires érotiques, les histoires d'orgies ou encore les histoires un peu trop violentes... autant faire un blog sur la vie des drosophiles.

La Grèce antique est pleine de liaisons zoophiles (le mot est-il bien choisi ?). Zeus, le maître de l'Olympe est par exemple connu pour s'être plusieurs fois changé en animal pour satisfaire ses envies amoureuses.

L'extrait :

Mais une crainte me tourmentait fort. Comment faire, lourdement enjambé comme je l’étais, pour accoler si frêle créature, pour presser de mes ignobles sabots d’aussi délicats contours ? Ces lèvres mignonnes et purpurines, ces lèvres qui distillent l’ambroisie, comment les baiser avec cette bouche hideusement fendue, et ces dents comme des quartiers de roc ? Comment la belle enfin, si bonne envie qu’elle en eût, pourrait elle faire place au logis pour un hôte de pareille mesure ? Malheur à moi ! me disais-je, une femme noble écartelée ! Je me vois déjà livré aux bêtes, et contribuant de ma personne aux jeux que va donner mon maître. Cependant les doux propos, les ardents baisers, les tendres soupirs, les agaçantes oeillades, n’en allaient pas moins leur train : Bref, je le tiens, s’écrie la dame, je le tiens, mon tourtereau, mon pigeon chéri ! Et, m’embrassant étroitement, elle me fit bien voir que j’avais raisonné à faux et craint à tort ; que de mon fait il n’y avait rien de trop, rien de trop pour lui plaire ; car, chaque fois que, par ménagement, je tentais un mouvement de retraite, l’ennemi se portait en avant d’un effort désespéré, me saisissait aux reins, se collait à moi par étreintes convulsives, au point que j’en vins à douter si je ne péchais pas plutôt par le trop peu. Et, cette fois, je trouvai tout simple le goût de Pasiphaé pour son mugissant adorateur. La nuit s’étant écoulée dans cette laborieuse agitation, la dame disparut à temps pour prévenir l’indiscrète lumière du jour, mais non sans avoir conclu marché pour une répétition. (Traduction  sous la direction de Désiré Nisard, 1865).

vendredi 2 mars 2012

L'odyssée de la grenouille

Aujourd'hui je vais essayer de vous parler un peu de cinéma (enfin... de DVD) à travers un téléfilm que j'ai revu il y a quelques semaines, à cause d'une panne d'antenne qui m'avait privé de télévision. Ce film, L'Odyssée, est une adaptation de l'œuvre d'Homère du même nom.


Le casting

Au casting de ce téléfilm, du réalisateur russe Andreï Konchalovsky, on retrouve Christopher Lee (Thiresias), Armand Assante (Ulysse), Eric Roberts (Eurymaque), Isabella Rosselini (Athena), Vanessa Williams (Calypso), Irene Papas (Antinéa), Greta Scacchi (Penelope). Je ne sais pas vous, mais je n'ai pas une culture cinématographique extraordinaire, mais en regardant Armand Assante, j'ai eu l'impression de le connaître, un peu comme si je l'avais déjà vu quelque part... Je vous laisse réfléchir un peu, je vous dirais où je l'ai vu tout à l'heure, nous sommes ici pour parler d'un téléfilm, par pour raconter la vie de Mr Assante.

L'histoire

Naturellement, le téléfilm retrace le parcours d'Ulysse, le héros de la Guerre de Troie, qui après avoir défié les Dieux, déchaine la colère de Poséidon. Celui-ci condamne Ulysse à errer sur les flots pour l'éternité, l'empêchant ainsi de regagner son royaume d'Ithaque. Cette malédiction l’entraîne dans un étonnant voyage, allant de la rencontre des Cyclopes aux monstres Charybde et Scylla en passant par une descente aux enfers. 
En même temps... je ne vois pas l'intérêt de parler de ce film ici s'il aurait traité de John White, mineur en grêve contre les réformes de Margaret Thatcher !


Mon avis

Pour un téléfilm, il est plutôt doté d'une bonne réalisation et d'un bon jeu d'acteur (j'en aurais attendu plus d'un film de cinéma). Il fut l'un des premiers téléfilms à utiliser le « tout numérique » pour les effets spéciaux. C'est tout de même un peu dommage que le téléfilm ne suive pas à la lettre l'œuvre d'Homère puisqu'il manque par exemple l'épisode des sirènes. Certains (je ne dirais pas qui...) ont par exemple trouvé limite que la pauvre Greta Scacchi en soit réduite à presser des olives en pleurant durant toute la première partie du téléfilm, que Irene Papas, Geraldine Chaplin, Christopher Lee ne font que passer, où que d'autres en soient réduits à des rôles décoratifs, au pire risibles (Isabella Rossellini en Athéna). Pour ma part, je ne serais pas aussi méchant, c'est une adaptation qui je laisse regarder. Quand on y pense les réalisateurs des films Harry Potter aussi ont pris un peu de distance par rapport aux livres, et ça ne fait pas des films des navets. Non, je ne suis pas en train de comparer Harry Potter à L'Odyssée, je parle en terme d'adaptation cinématographique d'un livre, j'aurais pu comparer avec Le Colonel Chabert mais je me souviens plus du film.

Si vous avez vu le film, n'hésitez pas donner votre avis !
Avant de partir, un indice pour savoir où j'ai vu Armand Assante s'est glissé dans le titre de l'article.

mercredi 29 février 2012

L'estomac et les pieds (Esope)

Encore une fois... voici une fable d'Esope : L'Estomac et les Pieds. Je sais que dit comme ça, ce n'est pas vraiment attirant mais, comme à chaque fois, la morale nous donnera une bonne leçon de sagesse.

L’estomac et les pieds disputaient de leur force. À tout propos les pieds alléguaient qu’ils étaient tellement supérieurs en force qu’ils portaient même l’estomac. À quoi celui-ci répondit : « Mais, mes amis, si je ne vous fournissais pas de nourriture, vous-mêmes ne pourriez pas me porter. »

Il en va ainsi dans les armées : le nombre, le plus souvent, n’est rien, si les chefs n’excellent pas dans le conseil.